L’on entend souvent que l’intelligence artificielle va complètement bouleverser le secteur des assurances. Mais est-ce vraiment le cas ?
En effet, même avec l’IA, les assureurs vont continuer à assurer des responsabilités, des produits, des frais, etc. A cet égard, l’IA n’est qu’une évolution technologique parmi d’autres, comme les assurances en ont connu de nombreuses depuis l’industrialisation et qui n’ont pas, en soi, bouleversé les produits d’assurance. Par exemple, si l’on prend le cas des voitures autonomes, peu importe que l’accident ait été causé par le conducteur ou par l’intelligence artificielle : il sera toujours nécessaire d’indemniser les tiers.
Donc, « circulez, rien à voir » ?
Ce serait négliger que l’intelligence artificielle a déjà et apportera encore des changements majeurs à plusieurs niveaux dans le secteur des assurances. Ainsi, l’IA permet de grandes évolutions dans l’expérience client.
L’expérience d’achat d’assurance sera plus rapide, avec une participation moins active de la part de l’assureur et du client (analyse automatique du risque sur la base des données communiquées par le client et émission automatisée d’une offre, interactions via chatbot…).
Les produits d’assurance à l’usage, hautement dynamiques, se multiplient et s’adaptent au comportement des consommateurs individuels. L’assurance est destinée à passer d’un modèle « d’achat et de renouvellement annuel » à un cycle continu, avec des offres de produits qui épouseront constamment les habitudes comportementales de l’assuré.
Un autre aspect important dans l’expérience client est l’hypothèse d’un sinistre, qui est souvent un moment de vérité dans la relation assuré-assureur. Ici l’IA permet, par exemple, une analyse automatique de photos envoyées par l’assuré (dégâts voiture, dégâts des eaux, équipements industriels), qui ensemble avec des big datas concernant des réparations antérieures, des prix historiques, les prix actuels du marché, etc., permet de déboucher sur une évaluation quasiment instantanée.
Dans ce contexte, le Data Act – Règlement (UE) 2023/2854, applicable depuis le 12 septembre 2025 et qui établit des règles harmonisées en matière de partage de données (y compris les métadonnées correspondantes nécessaires pour interpréter et utiliser ces données) relatives aux produits connectés – crée de nouvelles opportunités pour les assureurs.
En effet, le Data Act confère notamment aux utilisateurs de produits connectés :
Cette réglementation représente une opportunité pour les assureurs d’accéder à des données particulièrement utiles dans le cadre des assurances à l’usage, mais aussi dans le cadre de la gestion des sinistres.
L’accès par l’assureur à ces données est toutefois conditionné à l’exercice, par l’utilisateur du produit connecté, de son droit à la portabilité des données en vertu du Data Act. Cette possibilité requiert donc un encadrement contractuel précis et transparent. En outre, la mise en œuvre concrète de la portabilité requiert, selon le Data Act, la conclusion d’un accord entre le détenteur des données et la compagnie d’assurances selon des modalités et conditions équitables, raisonnables, non discriminatoires et transparentes.
Il sera très intéressant d’observer dans les prochains mois de quelle manière les différents acteurs impliqués – constructeurs d’objets connectés, assureurs… – s’approprient ces nouvelles possibilités et quel seront les équilibres qui seront trouvés entre les différents intérêts en présence.